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Rappelons que le 16 octobre 2018, face à la presse et au siège de son parti, le Président de PASTEF Ousmane Sonko accusa gravement le Directeur national des Domaines Mamour Diallo, de forte implication dans un détournement de 94 milliards de francs CFA. Il ajouta même, pour le charger encore plus, qu’il n’en était pas à son coup d’essai. M. Sonko ne s’était pas arrêté en si bon chemin : il avait saisi de l’Affaire l’Inspection générale d’Etat (IGE), le Procureur de la République et l’Office national pour la lutte contre la Fraude et la Corruption (OFNAC), ce dernier ayant été seul à réagir, selon lui. Le Président de PASTEF se faisait encore plus précis en affirmant que l’Affaire qui concernait le foncier portait sur du faux pour enrichir un ou deux hommes d’affaires, trois ou quatre hauts fonctionnaires, quatre ou cinq politiciens.

Au grand étonnement de nombreux observateurs, le principal mis en cause se mura dans un silence de cimetière. Il a fallu attendre neuf mois (du 16 octobre au 2018 au 7 janvier 2019), pour que M. Madiambal Diagne sortît du bois pour rendre publiques de graves révélations sur le Président de PASTEF. Cette sortie réveilla M. Mamour Diallo et son clan et leur donna du courage et des ailes. Un peu plus d’une semaine après, le 24 janvier 2019 exactement, il prit son courage à deux mains pour accorder une interview à un quotidien de la place, en répondant à des questions qui avaient tout l’air d’être taillées sur mesure. Il commença par se réfugier commodément derrière le Code de déontologie et la confidentialité dans l’administration, pour expliquer son long silence. Il précisa ensuite, que même en faisant de la Politique, il ne pouvait pas se permettre, en tant que haut fonctionnaire, de s’épancher dans les médias sur n’importe quel sujet. Il rappela aussi, à ceux qui seraient tentés de l’oublier, qu’il a prêté serment il y a plus de 27 ans et que ce serment est encore gravé dans sa mémoire et a du prix à ses yeux.

Le Sénégal est vraiment à l’envers, le pays de tous les possibles. Ce Mamour Diallo nous prend vraiment pour des demeurés. Il n’y a aucun doute que le Code de déontologie, la confidentialité de l’administration et le serment qu’il a évoqué manifestement sans conviction, sont en train de se tordre de douleur. Sont-ils corsés au point de l’empêcher de laver son honneur en portant l’Affaire devant la justice ? L’ont-ils empêché de faire sa tonitruante rentrée Politique à Louga en déplaçant pratiquement la République avec à sa tête le Premier Ministre ? S’en est-il soucié vraiment quand il dépensait, pour l’occasion, une centaine de millions de francs CFA, voire bien plus selon de nombreux observateurs ? De même, le mépris qu’il semble afficher et la chaîne hiérarchique à laquelle il serait soumis en tant que directeur national ne convainquent personne. Il s’abrite aussi derrière le fait qu’il n’était pas seul à être attaqué mais que tout l’Etat était en cause et que, partant, la réponse ne devait pas être personnelle, mais administrative et officielle. Donc, il ne pouvait pas se permettre de porter seul l’Affaire devant la justice. Trêve de balivernes ! Un haut fonctionnaire allemand, français, anglais, suédois, norvégien démissionnerait immédiatement de son poste. D’ailleurs, une telle histoire rocambolesque est impensable dans ces pays sérieux ou, si par extraordinaire elle y intervenait, le couperet tomberait très vite, s’il le faut, en attendant qu’une enquête soit menée.

  1. Diallo se lance ensuite dans un long historique de cette Affaire qui daterait de 1959. Ses explications autour du Titre foncier TF 1451 très longues, parfois laborieuses, attestent de la complexité de l’Affaire. Le lendemain de l’interview d’ailleurs, son patron, le Ministre de l’Economie, des Finances et du Plan (MEFP), poursuit l’explication devant les députés. Finalement, de sa bouche, nous apprenons que l’Etat doit à la Société SOFICO la somme faramineuse de 250 milliards de francs CFA. Son Ministre délégué chargé du Budget confirme ce gros montant du à SOFICO et révèle que seuls 3 milliards 400 millions de francs ont été payés. Donc, on décaisse, même si ce n’est pas encore 46 milliards ! Notre Ministre délégué se lance ensuite dans l’explication des procédures de paiement qui existent dans une expropriation et soutient que les propriétaires de terrains repris par l’Etat à usage d’utilité publique et dont les sommes élevées ne peuvent pas être payées en une seule tranche. Le paiement pour un pareil cas, poursuit-il, se fait par tranche ou par échange. Par l’échange contre quoi ? Pour se faire plus convaincant, il évoque un rapport de l’Inspection générale des Finances (IGF) – nous sommes toujours dans ‘’la maison finances’’ – qui a demandé à l’Etat d’inscrire dans son budget une somme comprise entre 30 et 45 milliards de francs CFA, pour apurer progressivement toutes les expropriations dont le montant s’élève aujourd’hui à 300 milliards de francs CFA (son patron avançait 250 milliards). Ce qu’il convient de retenir surtout, c’est que le Ministre délégué confirme son supérieur en précisant que « l’Etat doit de l’argent à la Société SOFICO, car c’est elle qui a acheté la créance auprès de ceux à qui l’Etat devait de l’argent». Il conclura que « c’est une opération régulière».

Nous voulons bien le croire mais arrêtons-nous un instant ici : l’Affaire date de 1959. Pendant de longues années, les familles propriétaires légitimes du TF 1451 ont couru désespérément derrière leurs indemnités. De guerre lasse, impuissants devant un Etat puissant qui les ignorait royalement, ils se font gruger par cette SOFICO qui leur achète la créance à 2 milliards 300 millions de francs CFA, pour se faire payer 300 milliards aujourd’hui. Une partie de la famille se serait rétractée pour saisir la justice. Le dossier d’Ousmane Sonko donne une idée de cette odyssée avec des documents judiciaires et domaniaux. En tous les cas, Amadou Ba, Mamour Diallo, probablement l’actuel Directeur général des Impôts et Domaines (DGID) et peut-être d’autres avant eux ont mis la main dans cette inique transaction. Pour se dédouaner, Mamour Diallo déclare : « Moi, je ne vois même pas d’argent, pas un sou. Je ne gère que du papier et je ne suis ni au début ni à la fin de la procédure. Comment aurais-je pu détourner ne serait-ce qu’un centime ? Même si nous ne sommes pas des spécialistes de la finance publique, DIEU nous a gratifiés d’un bon sens. Les responsables et les agents du Service des engagements du MEFP, pour ne citer que ceux-là, ne voient pas d’argent, pas un sou, comme d’ailleurs nombre de leurs collègues dans d’autres structures. Parmi eux, il y en a qui voient l’argent, beaucoup d’argent dans l’ombre, alors qu’ils n’ont géré que du papier de bout en bout. D’où viennent les millions que des ministres, des directeurs de services, d’agences et d’autres structures distribuent pratiquement tous les week-ends aux militants de leurs bases  respectives ? A la page 8 de L’’AS’’ du 21 janvier 2019, on lit ceci : « AUTONOMISATION DES FEMMES DE KOUNGHEUL : Socé Diop Dionne met à la disposition des GIE 5 millions de francs. » Même si elle est surpayée, comme nombre d’autres responsables APR, on peut se demander quand même où elle tire ces millions, d’autant plus qu’elle serait coutumière d’une telle générosité[1]. Amadou Ba et Mamour Diallo ne nous sont pas non plus inconnus. Nombre de rapports ont mis en évidence leurs forfaits, notamment ceux de la Cour des Comptes et de l’IGE. Nous renvoyons le lecteur au ‘’Rapport public sur l’Etat de la Gouvernance et de la Reddition des Comptes’’ de l’IGE de juillet 2014 et à deux de mes contribution : 1) ‘’L’acquisition du Domaine du Général Chevance Bertin à Bambilor par l’Etat -Wade : une vaste escroquerie’’, (‘’WalfQuotidien’’, ‘’L’Exclusif’’ du 4 et ‘’Le Témoin’’ du 10 décembre 2018) ; 2) ‘L’acquisition des terres du Général Chevance Bertin : une forfaiture indigne d’un Président de la République’’ (‘’WalfQuotidien’’ (‘’L’Exclusif’’ du 12 et ‘’L’AS’’ du 14 décembre 2018). Nous nous souvenons aussi de cette fameuse lettre salée du 21 mai 2012 adressée à Amadou Ba alors DGID par son collègue Allé Sine, lettre qui a circulé pendant longtemps dans les couloirs du MEFP et hors de celui-ci. Je n’insisterai pas sur son contenu qui n’a pas présenté M. Ba sous de beaux jours.

Sur cette Affaire de 94 milliards, nous avons entendu l’accusateur, l’accusé et ses défenseurs y compris de nombreux médias. L’accusateur est revenu à la charge pour se faire plus précis. C’était lors de son meeting du samedi 19 janvier 2019 à la Place de l’Obélisque. Il y déclarait notamment : « Mamour Diallo et Cie ont déjà décaissé 46 des 94 milliards. C’est Macky Sall qui les couvre. Parce que la banque a besoin d’une lettre de confort signée par le Ministre du Budget ou par celui des Finances, pour verser cet argent. Et si Bassirou Guèye est réellement le Procureur de la République et non celui de Macky Sall, qu’il ouvre le dossier. Je lui indiquerai la banque qui a payé ces 46 milliards, les numéros de comptes bancaires et les libellés. Nous avons en face de nous des voleurs qui s’empressent de crier aux voleurs. »[2]. Peut-on être plus clair et plus accusateur ? La justice, comme les mis en cause ont préféré alors faire la sourde oreille. Pourtant, qu’il était plus simple, puisque tout est fabulation dans son dossier, de le traîner devant la justice, de le confondre et de le discréditer à jamais ! Voilà que, rien de tout cela n’ayant été fait, l’Assemblée nationale qui découvre comme par enchantement qu’elle a un pouvoir de contrôle, met précipitamment en place une commission d’enquête, à laquelle le Président du PASTEF sera contraint de déférer. C’est vraiment le Sénégal à l’envers ! Combien de propositions de commissions d’enquêtes cette assemblée nationale croupion a-t-elle rejetées sans crier gare, avec toujours le même prétexte fallacieux qu’elle ne peut pas faire le travail de la justice ? Ses membres, serviteurs exclusifs du président-politicien n’ont-ils pas eu honte de seulement caresser cette idée saugrenue par ce contexte préélectoral ? Il leur faudrait sûrement la croix et la bannière pour que le Président de PASTEF défère à leur caxaaneri. Ils sont à leur seconde législature. Combien de commissions d’enquêtes ont-ils à leurs comptes ? Le nombre dépasserait difficilement celui des doigts d’une main. Pourtant, ce n’est pas faute de matière et ils le savent parfaitement. Combien de scandales gravissimes sont-ils restés dans l’ombre sans que ni la justice, ni eux-mêmes n’aient levé le plus petit doigt ? Je ne me répéterai pas en en donnant des exemples. Je renvoie le lecteur à quelques-unes de mes contributions, notamment à : 1) ‘’Cette nébuleuse affaire de 7 milliards ne relève d’aucun secret d’État’’ (‘’Le Quotidien’’ du 17 décembre 2011) ; 2) ‘Dans l’affaire des 94 milliards comme dans de nombreuses autres, nous revendiquons notre droit à l’information!’’ (‘’WalfQuotidien’’ du 15, ‘’Dakar-Times’’ et ‘’L’Exclusif’’ du 16 janvier 2019).

Dans cette Affaire de 94 milliards, Amadou Ba et Oumar Diallo constitueraient à eux seuls deux belles cibles pour une commission d’enquête parlementaire, si on considère leurs longues carrières parsemées ‘’d’embûches’’. Il suffit d’avoir pour guides les nombreux rapports d’organes de contrôle qui les ont épinglés. Le premier, en particulier, serait à la tête d’une fortune immense. Une autre matière intarissable pour faire l’objet de commissions d’enquêtes parlementaires, c’est toute la gestion foncière du vieux président-politicien et de son sosie et successeur. Du 1er  avril 2000 à nos jours, nous avons été témoins d’iniquité, d’injustice insoutenable dans la gestion de nos anciennes réserves foncières. Pendant 19 ans, ce bien collectif a été pillé et distribué à la tête du client. Aujourd’hui, des chefs religieux, des officiers supérieurs et généraux, magistrats, différents inspecteurs (des Impôts et Domaines, du Trésor, des Douanes), des politiciens, des membres des deux familles présidentielles se trouvent avec des villas et des immeubles cossus, ainsi que des parcelles nues qui attendent d’être vendues aux plus offrants. Nous n’omettrons pas ces deux compatriotes dont le vieux président prédateur a fait facilement des milliardaires, en mettant à leur disposition des dizaines d’hectares de terre à 4000-4200 francs le mètre carré, qu’ils vendent aujourd’hui à 250.000 francs le mètre carré, voire plus. Pendant ce temps, de jeunes couples de 30 à 50 ans courent désespérément derrière une seule parcelle de 150 m2 pour se construire une maison.

Nos députés du président-politicien ont donc raté le coche et l’occasion de se taire. Le Président de PASTEF a vraiment bon dos et tous nos compatriotes à qui il reste encore une seule once de justice et d’équité devraient dénoncer avec la dernière énergie cette commission d’enquête bidon et manifestement sélective, dont les auteurs devraient avoir honte, s’ils en sont encore capables.

Dakar, le 28 janvier 2019

Mody Niang

 

 

[1] Cette Socé DIOp est la Directrice générale de l’Agence de construction des bâtiments et des Edifices publics (ACBEP).  Elle a fait prévaloir ses droits à une pension de retraite depuis quatre ans.

[2] Deux journaux se sont alors empressés pour accuser M. Sonko de ‘’wax waxeet’’. Le Ministre délégué chargé du Budget leur apprendra que l’argent est payé par tranche. S’ils tiennent vraiment à mettre en évidence du ‘’wax waxeet’’, ils savent où chercher pour en trouver une quantité industrielle.

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