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 Dans ce second jet de notre entretien, Abdou Salam Sall, par ailleurs professeur de Chimie bio inorganique, revient sur les 10 recommandations issues des Assises nationales de l’éducation et de la formation. Qui plus est, il donne son point de vue sur le sous-secteur de l’éducation en pointant du doigt le volet recherche qui constitue le maillon faible de l’enseignement supérieur. «C’est le dénuement le plus total ici. Nous arrivons à faire de la recherche grâce à la coopération internationale ; à partir de ce moment-là, nous faisons de la recherche savante. Nous ne faisons pas une recherche qui impulse le développement socio-économique

», nous confie l’ancien recteur de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Vous pensez qu’alors qu’il y a une faible appropriation des recommandations des Assises. Pouvez-vous les rappeler à nos lecteurs ?
 
Il est impérieux de rappeler les recommandations des Anef à l’aune de la mise en œuvre des politiques éducatives. Nous pouvons citer l’internalisation de l’Education, donner à l’Education et à la Formation un haut statut social. Il s’agit d’agir sur les imaginaires et faire en sorte que tous et chacun considèrent l’Education et la Formation comme la solution à tout.
Nous prônons aussi la promotion des valeurs en adéquation avec notre héritage pluriel, culturel et à la nécessaire ouverture. Ce qui veut dire aider les élèves à « apprendre à apprendre » et à « apprendre à entreprendre ».
Sur la question de la gouvernance du système éducatif, les Assises ont préconisé la nécessité de mettre la société au cœur de la gouvernance scolaire et universitaire, non sans procéder à la diversification des ressources financières sans absoudre les responsabilités de l’Etat, optimisation des ressources, reddition des comptes. Pour système d’orientation efficace et équitable, les Anefs recommandent une prise en charge du système formel, informel et non formel et avoir des entrées différentiées avec une sortie unique.
En plus de la promotion de la créativité et l’entreprenariat, il s’agit aussi de définir et faire de respecter les normes et standards pour l’école.
S’accorder sur ce qu’est une école maternelle, un Daara, une école primaire, un collège, un lycée, un lycée technique, une école de formation professionnelle, en terme de bâtiments et de leur consistance, de salles de cours, de laboratoire, d’intrants, de salle informatique, de largeur de la bande passante Internet, de toilettes, de terrains de sport, d’infirmerie ou de centre médico-social, de restaurants (éventuellement), etc.
Les Assisards insiste sur la sacralisation de la fonction enseignante, formation, motivation et reconnaissance, formation des chefs d’établissement. Enfin, le renforcement de l’économie de l’éducation.
 
L’étude commanditée par le Syndicat autonome de l’Enseignement supérieur (Saes) au niveau du Laboratoire de recherche sur les transformations économiques et sociales (Lartes-Ifan), fait état d’un départ de près de 500 enseignants d’ici 2025.

Quelles incidences cela va-t-il avoir ? Quelle est la situation actuelle ?
 
Le seul problème qui vaille est la formation de la relève. Notre devoir est d’être chercheur, de former des jeunes.  Chaque enseignant doit former une à deux personnes pour espérer régler cette question. Le problème du déficit d’enseignants se pose généralement dans les facultés où les gens font peu de recherche ou bien ils la font difficilement. Nous avons suffisamment de bras ici.
Nous fonctionnons par équipe au niveau de la Fst. Nous avons formé des jeunes qui ont pris du grade. Nous gardons le contact avec la recherche. Je peux aller à la retraite.
 
Etes-vous entrain de dire que la recherche constitue le maillon faible de l’enseignement supérieur ?
 
C’est une grosse faiblesse. L’absence de structuration de la recherche constitue le gros problème de l’enseignement supérieur.  C’est en 2003 que l’UCAD s’est dotée d’un plan institutionnel de recherche, alors qu’auparavant chacun faisait sa recherche comme il voulait.
Il faut le dire que la recherche coûte excessivement chère. Elle demande énormément de ressources qui dépassent largement celles du Sénégal. Nous n’avons pas un environnement favorable à la recherche. La National Science Foundation (NSF) avait un budget d’environ 7 500 milliards dollars en 2014. Ce qui représente 20% du budget fédéral de recherche des Etats Unis.
 
Quelle est la situation de la recherche au Sénégal ?

 
C’est le dénuement le plus total ici. Nous arrivons à faire de la recherche grâce à la coopération internationale ; à partir de ce moment-là, nous faisons de la recherche savante. Nous ne faisons pas une recherche qui impulse le développement socio-économique. Nous sommes très loin de ce qu’il faut faire. Par exemple, nous avons trois accélérateurs de particule dans le monde, notamment deux aux Etats-unis et un en Europe. Pour ce dernier qui se trouve en Suisse au CERN, il a fallu que toute l’Union européenne se mette ensemble.
 
Faudrait alors que les Etats africains mutualisent leurs efforts ?
 
Nous proposons une Fondation africaine pour soutenir la recherche, l’innovation et la mobilité, avec 2 à 5% du produit de la vente des matières premières d’Afrique.  Ce qui nous permettrait, à partir de ce fonds compétitifs, de structurer la recherche et de créer une dynamique pouvant nous permettre de compétir au niveau international. Non pas pour le pseudo-classement, car l’exemple de l’université de Virginia Tech qui ne fait pas partie du classement mondial, est patent ; son budget est supérieur à celui du Sénégal. L’université a des avions, des simulateurs de route. Ceux qui parlent de classement au niveau mondial, se moquent des gens. Nous sommes à des années de lumière de cela.
 
Nos universités peuvent-elles atteindre de telles performances ?
 
Oui ! On peut s’organiser. En l’occurrence, l’université de Dakar peut être une université de recherche car elle a la taille critique. Elle est réseautée au niveau international. Il faut maintenant la doter d’un environnement de recherche lourd qui permet aux autres universités et à l’industrie de se connecter aux écoles doctorales de Dakar.  Ensuite, améliorer l’environnement extérieur pour progresser dans le classement. Nous n’avons pas construit suffisamment l’environnement de l’université. L’université ne se gère pas seulement à partir de ses propres fonds. L’enseignement supérieur doit fonctionner aussi à partir des fonds compétitifs. Si l’Afrique ne met pas en place ces fonds ; nous continuerons à avoir une portion congrue des fonds internationaux.
 
Les droits d’inscription pédagogiques et administratifs sont-ils insuffisants pour booster nos universités ?
 
Ces ressources aident à faire tourner l’enseignement. Ce ne sont pas les inscriptions qui financent l’enseignement supérieur. Les meilleurs bailleurs des universités sont les anciens étudiants. C’est pour cela que je suis retourné à la Fondation de l’Ucad pour travailler à la maitrise des diplômés de l’université, pour susciter ces derniers à avoir beaucoup plus d’égards vis-à-vis des apprenants et les aider à réussir. L’Ucad a plus de 200 000 diplômés. Nous cherchons à avoir 10 000 diplômés qui donnent en moyenne chacun 100 000FCfa par an.
 
Ce qui nous fera un milliard FCfa chaque année pour appuyer le développement le financement de l’université. La Fondation essaie de remettre des liens entre l’université et la société. Nous avons un besoin de recontextualiser en permanence. La force de l’université est la base. Est-ce qu’il y a des tensions à la base ? Les gens rendent-ils compte ? Quand j’étais Recteur, tout le monde rendait compte lors de la session de l’assemblée de l’université à cet effet. Chacun travaillait pour ce jour-là. Il faut mettre la pression en fonction des objectifs retenus.
 
Cette pression n’existe-t-elle plus ?
 
Les autorités font beaucoup d’efforts sur l’application de la mise en œuvre des décisions présidentielles issues des Concertations nationales sur l’avenir de l’enseignement supérieur (Cnaes). Mais nous n’avons pas tous les outils stratégiques pour avancer. Le premier outil stratégique est de faire de Dakar une université de recherche. Nous avons trop d’étudiants à Dakar. Deuxièmement, il faut doter les universités de l’intérieur du pays de suffisamment d’infrastructures et de ressources humaines. De façon globale, le système n’est pas suffisamment organisé pour qu’on puisse informer au niveau des autres ordres d’enseignement de l’éducation de base, pour orienter les jeunes en fonction de leurs talents. Informer les jeunes sur les finalités de chaque formation. En plus du problème structurel, nous avons un problème de pilotage, car l’éducation demande un temps long. Les gouvernements ont un temps court. C’est un système consensuel que nous devons avoir pour piloter l’éducation. C’est pour cela que les anglophones créent une commission pour la gestion de leur éducation, de sorte que le consensus est sacralisé.
 
Que préconisez-vous ?
 
En d’autres termes : nous allons appliquer ce que la science et la connaissance recommandent. Malheureusement, nous changeons de fusil d’épaule en fonction des opportunités. Le moment est venu au Sénégal de changer de paradigmes. Nous sommes champions en réflexions, mais on ne sait pas mettre en œuvre. Nous ne savons pas « ingénieuriser » les recommandations. Nous mettons toujours en œuvre sans introduire l’innovation.  On ne change pas en faisant la même chose. Il faut créer des ruptures. Nous avons un problème de centralisation. L’éducation doit être pilotée au plus haut niveau. Ce qui permet, outre le développement économique, une stabilité d’un pays, le savoir vivre ensemble.

 

source:http://www.sudonline.sn/la-recherche-est-le-maillon-faible-de-l-enseignement-superieur_a_39570.html

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