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Suite à la profanation de la cathédrale de Kaolack, nous  partageons quelques réflexions et lançons un appel aux sénégalais et à l’Etat La profanation des lieux de culte se pose avec acuité au Sénégal ces dernières années. Si dans les années 80 ce phénomène était rare (destruction de la grotte de Popenguine en 1982, rare élément connu de cette époque), plus de quinze (15) cas ont été enregistrés entre 2010 et 2018). La connaissance de pareils actes est-elle liée à une communication plus accessible ? C’est-à-dire la prolifération des outils de communication qui a permis de mieux connaitre ces phénomènes de profanation ? Ou bien sommes-nous en face d’une situation nouvelle remettant en question les valeurs religieuses les plus sacrées au point de banaliser de pareils actes. Ce qu’il faut retenir au préalable c’est la généralisation de cette profanation. Il ne s’agit absolument pas d’actes isolés comme on veut nous le laisser entendre. Nul n’est épargné : musulmans, chrétiens, autres confessions religieuses.          

                                                                         On ne peut arrêter une personne en pleine cérémonie religieuse. Ce fut le cas de l’arrestation de Jean Paul Dias le 14 avril 2006, un vendredi saint par des éléments de la police. De ce fait, concernant les causes, il y a une banalisation des lieux de cultes qui est le fait d’abord de l’Etat du Sénégal. Ce fut le cas aussi des jets de lacrymogène par la même police dans la Cathédrale de Dakar lorsque les jeunes catholiques manifestaient leurs indignations face aux propos irrespectueux du Président de la République de l’époque à savoir Abdoulaye Wade. Cette même situation vécue par la profanation de la Zawiya d’El Hadj Malick Sy de Dakar toujours durant la même période.

Si de tels actes sont commis par l’Etat qui est supposé être une référence par rapport aux respects des règles de conduites de la société, de respect des valeurs républicaines, il va de soi que la désorientation ne peut que se généraliser. D’où une montée de l’intégrisme, de l’intolérance, du non-respect d’autrui et de la provocation diabolique et diversifiée. Ce dernier aspect évoqué met en valeur le cas des profanations des cimetières liés à ces non respects mais aussi aux nouvelles formes d’arrivismes démesurées dans les lieux de travail (recherche d’une promotion), le milieu du sport (lutte, football et autres sports avec sa cohorte de sacrifices et incantations pour la victoire et l’argent) ou tout simplement la recherche de l’argent facile par le recel des objets de piété. C’est dire donc que la situation est générale et peut être attribuée à un non-respect des valeurs les plus fondamentales.                                                             

Si de telles profanations sont plus fréquentes chez les chrétiens et les temples évangéliques, il est avéré que c’est le dialogue islamo chrétien qui est remis en question, c’est aussi la laïcité tant défendue qui vacille à cause de puissants lobbies qui assoient leur hégémonie en bafouant les règles républicaines. D’où la nécessité :

  • d’anticiper sur les conséquences de ces pareils actes
  • de consolider le dialogue islamo-chrétien
  • de renforcer la loi et de veiller au respect de la laïcité
  • de renforcer la législation en termes de liberté de religion et de veiller à l’application de la loi en cas de violation

Face à ces actes ignobles et irrespectueux, des citoyens, des hommes de foi, des chefs religieux et des acteurs de droits de l’homme s’indignent, condamnent et interpellent l’Etat.                                                                                                  De 2012 à nos jours le phénomène persiste et c’est pourquoi nous fidèles catholiques nous nous posons des questions et alertons l’opinion nationale et internationale afin de trouver des solutions idoines car ceci pourrait avoir comme conséquence un impact lourd sur le dialogue islamo-chrétien du Sénégal tant magnifié à travers le monde entier comme modèle. Rappelons quelques faits historiques sur le dialogue islamo-chrétien afin de montrer à ceux qui veulent briser cette cohésion que nous n’allons jamais l’accepter.                                                                                                                                                         Pour nous dialoguer avec l'autre c'est d'abord apprendre à le connaître, c'est à dire apprendre qui il est, au-delà de l'idée que je m'en fais.Envers le catholique, il s’agira de voir d’abord sur quoi se fonde son éducation voir sa socialisation. L’enseignement catholique associé à l’école de la République apporte une contribution originale à l’éducation des jeunes. Son projet éducatif, fondé sur un sens chrétien de l’Homme qui a pour mission de se mettre au service de la société. Il est vrai que chacun est libre de faire son choix. Mais pour nous catholiques notre référence reste la doctrine sociale de l’Eglise donc le dialogue doit s’adosser sur une forte considération du sens de la famille, où chacun fait l’apprentissage de l’amour, du respect et de l’estime de l’autre, dans une cohabitation harmonieuse, conformément à l’enseignement évangélique : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit (…) Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Ce dialogue doit aussi se matérialiser à travers une laïcité qui est loin d’être idéologique mais plutôt la réalité d’une vie quotidienne. Une laïcité qui dépasse désormais largement le cloisonnement du politique et du religieux et la liberté des cultes au sens strict. Par ailleurs nous n’avons vu nulle part dans la constitution de notre pays un article qui interdit la construction de lieux de culte encore moins une restriction dans la façon de professer une quelconque religion, ou une classification hiérarchique des religions.                                                                                                                                                    Pour en venir à la laïcité, selon un éminent professeur de droit, le Pr.Abdoulaye Dieye : « Le concept laïcité a évolué, on parle plutôt de laïcité moderne car  les États ont décidé de mettre tous les cultes sur le même pied d’égalité. La laïcité est donc parfaitement compatible avec une liberté de culte. L'État laïc peut bien reconnaître des organisations religieuses, mais pas de religions proprement dites, ni privilégier des membres d'une religion. Il défend aussi les droits de chaque citoyen contre d'éventuelles règles religieuses qui seraient en contradiction avec l'ordre public, particulièrement avec les droits et les libertés de chacun. » Selon la constitution Sénégalaise, la République du Sénégal est laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d'origine, de race, de sexe, de religion. Elle respecte toutes les croyances. Le Sénégal semble avoir adopté la conception de la laïcité qui se décline en trois principes : le principe de neutralité de l’État, celui de la liberté religieuse et le principe du respect du pluralisme. Il faut également le rappeler que le Sénégal reconnait dans son préambule la déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unis qui dit dans son Article 18 :  « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites. »Ainsi La laïcité, doit rester le pilier du pacte républicain fortement enraciné au Sénégal.                                                     

En ce sens nous demandons au pouvoir judiciaire de faire son travail en punissant selon la loi, les auteurs de vandalismes et autres profanations de lieux de cultes (musulmans comme chrétiens).

Mais également, nous interpellons nos chefs religieux (Khalifes et Évêques) de non seulement toujours dénoncer de tels agissements mais encore de mieux sensibiliser sur les valeurs de tolérance, du respect de l’autre et de solidarité.                                         

Nous devons unir nos forces pour exiger que l’image de notre pays ne soit ternie par des pyromanes qui ne comprennent rien de l’impact de ce dialogue islamo-chrétien. C’est pourquoi nous demandons à l’Etat, qu’au-delà des actes louables de réfections des lieux de culte et de pèlerinage des musulmans comme des catholiques, de veiller aussi à ce que, plus que jamais nous soyons enracinés dans ce dialogue fraternel qui au-delà de la tolérance est plutôt le respect et l’amour de l’autre qui est accepté dans sa différence.

Méditons sur ces citations et proverbes : « bollo moy dole, te jam ci la lep xacc », « Seule la vérité est durable » ou encore avec Saint Exupéry : « Si tu diffères de moi, frère, loin de me léser, tu m’enrichis »                                                                          

Le Sénégal nous appartient tous et nous devons le construire ensemble.  

Les signataires :        

  • RAJA/S (Réseau des Anciens Jécistes d’Afrique/Sénégal)
  • Des fidèles, Associations et chorales de Sénégalais catholiques de la diaspora (SCAA, USA, France, Angleterre, Italie, Espagne, Canada, Kenya, Benin, Nigeria)

 

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