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Naufrage

L’OBS – Le décompte macabre du drame de la Méditerranée se poursuit. Hier, c’est à Wakhinane-Nimzath, banlieue de Guédiawaye, que L’Obs a rencontré une famille endeuillée par la vague de naufrages de clandestins en Méditerranée. Marié et père de 3 enfants, Assane Fall avait choisi de défier le désert de la Mauritanie et les eaux de la Méditerranée, afin de tirer sa famille de la pauvreté.

 

(Mars 2015) L’annonce de la mort - En Espagne, des cadavres échouent sur les côtes. La croix Rouge et les services d’immigration espagnols sont à pied d’œuvre. Objectif, identifier ces cadavres d’immigrants clandestins morts noyés dans la Méditerranée. Des images qui ne choquent plus vraiment. Sur l’un des cadavres, les secouristes de la Croix Rouge espagnol découvrent des pièces d’identification qui ont pu résister à la furie des eaux. Il s’agit de Assane Fall, Sénégalais, né en 1981. Sur la pièce en plastique, est griffonné un numéro de téléphone. C’est celui de la sœur de Assane Fall. Dans la nuit du 15 mars 2015, après avoir rangé les cadavres à la morgue, un individu s’exprimant uniquement en espagnol, tente désespérément de joindre la famille du naufragé restée au Sénégal. En vain. «Nous avons par deux fois reçu un appel venant de l’Espagne. C’est grâce à l’indicatif que nous avons su que l’appel venait de l’Espagne. Et comme notre frère, Assane, avait tenté la traversée, nous nous sommes dit qu’il s’agissait des services de l’immigration ou de la Croix rouge, qui voulaient le rapatrier. Nous n’avons donné aucune suite à ces appels», confesse Rose Fall, sœur aînée de Assane Fall, qui s’est confiée hier à L’Observateur. Croyant que le migrant est bien arrivé en Espagne, la famille  caresse les rêves les plus fous. Bientôt leur quotidien fait de privations dans ce quartier de Wakhinane-Nimzath, qui porte encore les stigmates des inondations, va changer. Hélas, les nouvelles deviennent de plus en plus rares et Assane ne donne pas signe de vie. Un mois plus tard, le 15 avril, la mauvaise nouvelle s’abat sur la famille. Un ami d’enfance du défunt,  informé (bien plus tard) du naufrage du bateau à bord duquel avait pris place Assane Fall, débarque dans le quartier et en souffle un mot à des notables chargés de porter la mauvaise nouvelle à la famille Fall. L’exercice paraît difficile pour les deux vieux qui, après plusieurs hésitations, choisissent l’aube, au retour de la mosquée, pour toquer à la porte de la famille Fall et annoncer la nouvelle. Secouée de sanglots, son épouse, Ndèye Coumba Niang, refuse d’y croire. Ses yeux noyés subitement de larmes, sont braqués sur le bébé couché à ses côtés sur son lit, né 8 mois après le départ de son mari. Sanglotant sans retenue, la bonne dame pique une crise de larmes pendant une bonne trentaine de minutes. Cette matinée du 15 avril 2015 ne démarre pas comme les autres pour la famille Fall. Alertés, les voisins affluent, suivis quelques heures plus tard, des autres parents éparpillés à Guédiawaye et un peu partout au Sénégal. Guédiawaye vient d’enregistrer son premier migrant mort dans le naufrage de bateaux en Méditerranée.

 

 

(Mai 2014) Péripéties d’un voyage qui s’est terminé au fond de la Méditerranée – A Guédiawaye au quartier Bassirou Mbaye, situé dans la commune de Wakhinane-Nimzath, Assane Fall traîne tous les soirs sa silhouette longiligne en regagnant sa maison. Marié et père de deux fillettes (voir photo) cet individu réputé sérieux, n’est jamais pressé de retrouver sa famille. Le soir lorsque son épouse, ses deux filles et ses sœurs l’accueillent, Assane est peiné. Cadet de la famille, Il n’a pas grand-chose à leur offrir. Son métier de maçon ne lui permet pas d’entretenir sa famille convenablement. Les repas, il arrive qu’on en saute dans cette famille qui s’entasse à la villa  n° 173. Une maison qui ne paie pas de mine, plongée qu’elle est dans un état de délabrement troublant. Une bâtisse chancelante où Assane Fall occupe une chambre avec son épouse et ses deux filles, ses sœurs se partageant les autres chambres. Et c’est tout.  Sortir de cette situation difficile hante les nuits du maçon. Le bonhomme rêve d’Europe. Les infos qui relaient à longueur de journée la  crise qui sévit en Espagne à travers un vieux téléviseur posé dans un coin de sa chambre, Assane Fall n’en a cure. Décidé, il brade alors ses rares biens, s’endette auprès de ses connaissances qui veulent bien faire confiance à un maçon fauché, et tente de partir en Europe.

Sa première tentative, il la rate. «Il avait tenté de rejoindre l’Europe en passant par l’aéroport. Hélas, il a malheureusement raté son vol. Mais il avait réussi à l’époque à se faire rembourser son argent par le démarcheur de visas», confie sa sœur Rose Fall. Un avertissement ? Une prémonition ? Personne ne sait. Assane Fall ne se pose pas de question. Réputé fonceur, il choisit cette fois  de voyager par la route. La Mauritanie située au nord du Sénégal est sa première étape. Accompagné d’un guide, il défie avec succès le désert du Sahara en longeant la côte et se retrouve quelques jours plus tard au Royaume du Maroc entre les mains des passeurs. «C’était à la fin du mois de mai 2014. Et depuis, il avait gardé le contact avec la famille», se souvient encore sa sœur Rose Fall,  qui continue d’accueillir les visiteurs dans la chambre  occupée par la veuve de son défunt frère. Neuf mois après son arrivée au Maroc, le grand voyage à travers la mer s’annonce enfin pour Assane Fall. A la fin du mois de février 2015, après un dernier briefing, les migrants sont informés. Ils embarquent à l’aube. C’est enfin le bout du tunnel, se dit Assane qui, dans une dernière conversation avec sa famille, informe de l’imminence de leur départ par bateau pour l’Espagne. Hélas, le bateau de fortune à bord duquel ont embarqué plusieurs migrants, tangue en pleine mer avant de dériver. Pendant plusieurs jours, le bateau dérive dans une zone rarement fréquentée par des navires. «Nous avons appris qu’ils sont morts de faim et de soif bien avant que le bateau ne chavire», explique encore Rose Fall, le regard figé sur la photo de son défunt frère accrochée à un mur dans la chambre où s’est repliée la veuve de Assane Fall, qui porte le deuil. En sus de la douleur qui ne va pas s’effacer, les dernières recommandations de son époux et les  interrogations sur l’avenir de ses trois enfants vont se bousculer dans sa tête (voir par ailleurs).

Alassane HANNE

TEMOIGNAGE DE NDEYE COUMBA NIANG EPOUSE DE ASSANE FALL

«Mon époux m’a dit qu’il n’avait pas le choix»

«Le  jour de son départ, après s’être entretenu avec toute sa famille, notamment mes belles sœurs, mon époux m’a prise en aparté pour me dire qu’il n’avait pas le choix. Son métier ne lui permettait plus de nourrir sa famille. Il m’a dit que la seule chose qui lui restait, c’était de partir en Europe. Il m’avait carrément fait savoir que cela pouvait être long et dur à attendre pour moi et nos enfants, mais il nous fallait être courageux et patients. Il m’a également dit de prendre soin de nos enfants et de ma belle famille. Puis, il a ajouté ceci : «dès que je serai en Europe, vous n’allez plus manquer de rien». Il a embrassé ses enfants, puis il est parti. Le plus dur maintenant, c’est comment subvenir aux besoins de nos trois enfants, âgés entre six ans et neuf mois. C’était pour nous sortir de la pauvreté que mon époux est parti, mais avec sa mort, cela risque d’être plus difficile. Il était un  brave époux.»

ALASSANE HANNE

source: http://www.gfm.sn/drame-de-la-mediterranee-guediawaye-enregistre-sa-premiere-victime-le-tragique-destin-dassane-fall/

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