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Sénégal - Traitement médiatique du procès Khalifa Sall et co-accusés quand des journaux «annoncent» déjà le verdict avant les juges

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 Et, pour éviter une telle situation, ces professionnels des médias recommandent aux journalistes d’être «plus responsables». Il y a deux ans, une interview du président du Collège des délégués de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) et non moins responsable politique de l’Alliance pour la République (Apr), Abou Abel Thiam, parue concomitamment dans cinq quotidiens avait créé un tollé, voire une indignation générale. Après les dossiers jugés ou encore en suspens devant la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei), aujourd’hui, c’est le traitement médiatique du procès du maire de Dakar, Khalifa Sall, et de ses co-accusés dans l’affaire dite de la caisse d’avance (de la ville de Dakar) qui pose un autre problème. Pour cause, l’on se réveille tous les lendemains d’audiences avec des «Unes» de journaux barrées de commentaires plus ou moins tendancieux, allant parfois jusqu’à brouiller la compréhension des lecteurs.
 
Chez des journalistes-formateurs que nous avons contactés hier, de Mame Less Camara à Ibrahima Bakhoum en passant par Jean Meïssa Diop, les réactions sont unanimes. Au vu de la couverture médiatique de l’affaire Khalifa Sall, certains journalistes semblent déjà prendre parti. Et, c’est à se demander si le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (Cnra) n’avait pas raison d’alerter en invitant les journalistes à faire preuve de responsabilité dans cette affaire, à travers une note envoyée à toutes les rédactions, le jeudi 1er février 2018.
 
«Les choses ont commencé depuis l’annonce de l’arrestation prochaine de Khalifa Sall. Et, certains journaux semblaient beaucoup plus informés que d’autres et le public a été informé avant même l’instruction. Alors que le principe, c’est les faits d’abord, les commentaires ensuite», a déploré Mame Less Camara. Poursuivant son analyse, le journaliste-formateur a fait savoir que «la presse va plus vite que la justice et qu’il y a des commentaires de trop qui ont été faits et ça peut porter  atteinte à la dignité d’un individu, à la respectabilité de sa famille. Et, tel n’est pas le journalisme».
 
Quant à Ibrahima Bakhoum, cela s’explique par le fait que la «Une» est la «vitrine» d’un journal. Et, c’est pour atteindre un lectorat large que des journalistes se laissent parfois  embarqué par le sensationnel. «Un titre renvoie toujours à un angle d’attaque et c’est un moyen d’influencer le lecteur ou le téléspectateur. Et, en cherchant à attirer l’attention d’une certaine manière, on fait comme ci on avait déjà fini de prendre position, de dire que  la personne a tort», a indiqué Ibrahima Bakhoum. Mieux, dit le journaliste-formateur à l’ISSIC, «avec les sous-titres et sur-titres dans les journaux, on sent nettement que le journaliste est en train de prendre parti, comme s’il en était le juge et c’est de la manipulation».
 
«C’EST LA CREDIBILITE DE LA PRESSE QUI SE JOUE LORSQUE…»
 
En effet, au dela même de l’atteinte à la dignité des prévenus,  un traitement médiatique impartial peut semer le doute quant à la transparence dans les médias surtout. A en croire Mame Less Camara, «si le verdict d’un procès va dans le sens des journaux qui sont suspectés de connivence avec le régime, l’opinion était préparée à s’indigner parce que les journaux l’avaient déjà dit, c’est un procès politique. S’il (l’accusé) n’est pas condamné, on va dire que les journaux racontent du n’importe quoi. De sorte que le journal, plutôt que d’apporter de la lumière, plonge tout le monde dans l’obscurité et le brouillage. Et c’est la crédibilité de la presse qui se joue lorsque le commentaire prend le pas sur les faits. Et, très souvent, c’est ce qui se passe», a fait savoir M. Camara. Et d’ajouter: «le gros défaut de la presse au Sénégal, c’est que nous sommes une presse de compte rendu, nous ne nous donnons pas la peine de creuser un peu».
 
«IL FAUT Y ALLER AVEC BEAUCOUP DE PRECAUTIONS»
 
Pour éviter de créer des suspicions sur cette couverture médiatique de l’affaire Khalifa Sall et Cie, Jean Meïssa Diop dira: «il faut y aller avec beaucoup de précautions et c’est la distance professionnelle qui est recommandée ici, il faut être très circonspect», a-t-il expliqué. Non sans inviter au respect des droits des accusés car, être «accusé ne veut pas dire coupable». «On peut faire un commentaire, mais commentaire ne veut pas dire instruire à charge et non plus à décharge. On peut avoir son point de vue sur l’affaire Khalifa, sur la responsabilité ou l’innocence de Khalifa, mais on doit le faire de manière honnête. Et, quand il s’agit de faire le compte rendu sur le procès de Khalifa Sall, et même s’il s’agit de faire un titre de «Une» relatif à cette affaire-là, un compte rendu de l’audience, on doit le faire de manière à ce que le titre de «Une» soit conforme ou bien reflète fidèlement le contenu du texte de compte rendu».

C’est pourquoi, pour renforcer le rôle des médias dans la démocratie, Mame Less Camara recommande aux journalistes «de trouver un éclairage en dehors du champ de conflit dans lequel on trouve des gens qui ont des positions à prendre». Et Ibrahima Bakhoum de renchérir: «les journalistes devraient être un peu plus regardants, prendre un peu plus de distance par rapport à ça, une distance critique pour ne pas prendre position dans le traitement». Quoi qu’on en puisse dire, de Karim Wade à Thione Seck, en passant par Khalifa Sall, la presse a toujours laissé des plumes dans la couverture médiatique des grands dossiers judiciaires.

 

source:http://www.sudonline.sn/--quand-des-journaux-annoncent-deja-le-verdict-avant_a_38231.html

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