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Indépendances africaines: 50 ans après, la Françafrique bouge encore

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« On ne vas pas se brouiller avec ceux qui nous rendent de grands services » .

C'est ainsi que le secrétaire général de l'Élysée, Claude Guéant, justifie la politique du président français, Nicolas Sarkozy, à l'égard de l'Afrique. Celui-ci avait promis de rompre avec les réseaux de la Françafrique de ses prédécesseurs. Pas facile de se débarrasser d'un système.

Indépendances africaines: 50 ans après, la Françafrique bouge encore
La Françafrique ? Elle est déjà morte au moins quatre fois.

Dès janvier 1994, quand le franc CFA est dévalué de 50%, beaucoup croient que c’est fini. Un mois plus tard, aux obsèques de Félix Houphouët-Boigny, « c’est le père de la Françafrique que l’on enterre, mais c’est aussi la Françafrique elle-même (François Mitterrand, Jacques Chirac, Omar Bongo, Gnassingbé Eyadema, etc) qui se réunit une dernière fois pour une ultime cérémonie d’adieu ».

En avril 1997, après une victoire électorale de la gauche en France, le nouveau Premier ministre Lionel Jospin définit sa politique africaine en quatre mots : « Ni ingérence, ni indifférence ». Et beaucoup pensent alors que la Françafrique va mourir pour de bon.

Enfin, en janvier 2008, quand le secrétaire d’État français à la coopération, Jean-Marie Bockel, proclame dans le journal Le Monde : « Je veux signer l’acte de décès de la Françafrique », beaucoup pensent : « Si c’est le ministre lui-même qui le dit… ». Le problème est que, deux mois après cette déclaration, l’infortuné Bockel perd le portefeuille de la coopération à la demande du président gabonais Omar Bongo.

La Françafrique

C'est un complexe franco-africain, un système tentaculaire, ni tout à fait français, ni tout à fait africain, dont le centre de commandement se situe à Paris, à la cellule africaine de l’Elysée, et dont les pseudopodes s’étendent en Afrique.


Yves Gounin*

À la même époque, en février 2008, la France aide le président tchadien Idriss Déby à repousser un assaut rebelle sur N’Djamena sans lui demander la moindre contrepartie. À ce jour, aucune enquête judiciaire réelle n’a été menée sur la disparition de l’opposant Ibni Oumar Mahamat Saleh.

Toujours en février 2008, Paris ferme les yeux sur la répression implacable qui s’abat sur les émeutiers de la faim au Cameroun – plus de 100 morts de source indépendante.

Enfin, en août 2009, quelques jours avant la présidentielle qui doit désigner le successeur d’Omar Bongo à la tête du Gabon, l’un des conseillers officieux du président français Nicolas Sarkozy, Robert Bourgi, confie au journal Le Monde : « Au Gabon, la France n’a pas de candidat, mais le candidat de Robert Bourgi, c’est Ali Bongo. Or je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy. De façon subliminale, l’électeur le comprendra ».

Et au même moment, le secrétaire d’État français à la Coopération, Alain Joyandet, se rend très discrètement en Guinée équatoriale pour demander au président Obiang Nguema de ne plus soutenir le candidat André Mba Obame contre celui de Paris…

Les amitiés sélectives

La « rupture » promise par le candidat Sarkozy est-elle tombée aux oubliettes ? Pas si simple. Tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne.

Au Togo par exemple, le président français essaie de se démarquer de son prédécesseur Jacques Chirac. Dès avril 2005, il a qualifié de « mascarade » l’élection très controversée du fils du défunt Gnassingbé Eyadema – un scrutin qui, selon l’Onu, s’est soldé par la mort d’au moins 500 personnes.
Indépendances africaines: 50 ans après, la Françafrique bouge encore
Depuis son arrivée au pouvoir en mai 2007, Nicolas Sarkozy a fait recevoir le principal opposant togolais, Gilchrist Olympio, par deux de ses collaborateurs : en septembre 2008 par Alain Joyandet, et en février 2009 par le chef de la cellule Afrique de l’Élysée, Bruno Joubert. Est-ce parce que le Togo n’occupe pas la position stratégique du Tchad ou ne possède pas les richesses pétrolières du Gabon ? Visiblement, Paris est plus exigeant avec Lomé qu’avec d’autres capitales. D’ailleurs, le régime togolais ne s’y trompe pas. En décembre dernier, le premier secrétaire de l’ambassade de France à Lomé a été expulsé. Sans doute est-ce un message des Togolais aux Français sur le thème : « Ne vous intéressez pas de trop près à la présidentielle de février prochain ».

L'aide militaire

Autre signe de « rupture » : la renégociation des accords de défense avec les anciennes colonies françaises. Finies les clauses secrètes qui garantissaient aux régimes en place une aide militaire française en cas de soulèvement populaire ou de rébellion armée.

« Les temps ont changé et la France n’a pas à jouer un rôle de gendarme en Afrique », a lancé Nicolas Sarkozy au Cap, en Afrique du Sud, en février 2008. Cela dit, le chef de l’État français a renoncé à fermer la base militaire française de Libreville au Gabon, comme le suggérait pourtant le Livre blanc de la défense publié en juin 2008. Commentaire d’un conseiller du président Ali Bongo : « C’est donnant-donnant. Les Français protègent notre régime contre les menaces intérieures ou extérieures. En échange, nous soutenons leur politique en Afrique et ailleurs ».

Les retrouvailles


Dernier signe de changement : les tentatives de réconciliation avec des pays très hostiles à la France d’avant Sarkozy.

Avec le régime du président rwandais Paul Kagamé, les retrouvailles sont en bonne voie. Après trois ans de rupture, les relations diplomatiques ont été rétablies en novembre dernier. La justice française soupçonne le régime rwandais d’être impliqué dans l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Habyarimana. De son côté, la justice rwandaise accuse la France d’être complice du génocide de 1994. Aujourd’hui, Paris et Kigali essaient de vider leur querelle judiciaire.

Avec le régime du président ivoirien Laurent Gbagbo, les choses sont plus compliquées, sans doute à cause de la force des liens entre les acteurs politiques de France et de Côte d’Ivoire (l’UMP, le PS, le FPI, le PDCI et le RDR). Tout va dépendre de la future présidentielle et des conditions de sa transparence.

 

Des relations pragmatiques

En fait, l’une des différences entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy est que le premier refusait de prendre au téléphone les chefs d’État africains qui lui étaient ouvertement hostiles. Mieux, il ne cachait pas son antipathie à l’égard de certains, comme l’Ivoirien Laurent Gbagbo. Le second est plus « rond ».

Cinquante après, la France commence enfin à « dépassionner » ses relations avec l’Afrique et à traiter de la même façon toutes ses anciennes colonies, celles qui restent amies comme celles qui ont « coupé le cordon ». Finie l’époque de Sékou Touré, où Charles de Gaulle voulait « punir » la Guinée d’avoir dit non à la France. Moins de pathos, plus de pragmatisme. De ce point de vue, la France a tiré quelques leçons des émeutes anti-françaises d’Abidjan en novembre 2004. L’avenir de la Côte d’Ivoire ne se décide plus à Marcoussis en France, sous la houlette de Jacques Chirac, mais à Yamoussoukro, sous celle du chef de l’État burkinabé Blaise Compaoré. Et aujourd’hui, les « patriotes » proches de Laurent Gbagbo ont de plus en plus de mal à mobiliser les foules d’Abidjan contre la « France coloniale ». Cinquante ans après, la relation franco-africaine se normalise… lentement.

Source : Sununews.com

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