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Tambacounda
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Les femmes porteuses de fistules obstétricales vivent dans des conditions difficiles dans les régions de Tambacounda, Kolda et Sédhiou. Plusieurs d’entre elles ont perdu leur bébé lors d’accouchements. Ce qui renforce les suspicions autour d’elles, dans des villages et des villes où les habitants continuent à croire au mysticisme.

 Ici, on retrouve des femmes qui, durant des années, sont isolées, reléguées au fond d’une case, rongées par la misère. Il y a quelques unes qui valsent de marabout à marabout pour trouver le remède à l’affection qui a poussé la société à les marginaliser.

Cinq chirurgiens s’affairent autour des femmes atteintes de fistules obstétricales dans le bloc opératoire du Centre hospitalier de la région de Tambacounda. A l’intérieur, près de la salle d’accueil, une femme frêle, de teint noir, est allongée. Elle a le regard fixé au sol. Elle médite certainement sur son sort. Elle se nomme Massène Baldé. Elle est venue du village de Piré Maoundé, situé dans le département de Vélingara (région de Kolda), allonger la liste bien longue de fistuleuses à opérer avec l’appui du Fonds des nations-unies pour la population (Unfpa). Elles sont nombreuses dans cette région à attendre une intervention chirurgicale. 


Le coût global de la réparation de la fistule est taxé à 300 dollars (environ 150.000 FCfa). Frêle et de taille moyenne, Massène Baldé, en apparence, affiche un âge supérieur à celui de sa mère qui est à son chevet. Massène a vu le jour en 1969. Elle s’est mariée très tôt, comme il est de coutume dans ces contrées. Son premier bébé est mort lors de l’accouchement. Le deuxième a succombé quelques jours après sa naissance. « Elle a fait ses deux accouchements à la maison », nous souffle l’un de ses deux accompagnants. 

Les accouchements non assistés par un personnel qualifié expliquent, en partie, la forte prévalence des fistules dans les régions périphériques très faiblement maillées en infrastructures. 

« J’ai subi une première opération en Guinée-Bissau. Celle-ci a échoué. Depuis lors, je ne cesse de courir derrière les médecins pour me soigner », soutient Massène Baldé, la voix étranglée par l’émotion. Sa famille l’a soutenue. Mais sa communauté l’a rejetée, à cause de l’ignorance, mais surtout des odeurs des urines que toutes les fistuleuses ne peuvent retenir. La perte des urines est associée, parfois, à la sorcellerie dans ces zones. 

Fatoumata Bineta Diallo, âgée de 38 ans, est moins chanceuse que Massène Baldé. Assise à l’extrémité, elle affiche une mine triste. Mariée alors qu’elle n’avait pas bouclée ses 12 ans, Fatoumata, enveloppée, ce jour-là, dans un wax bleu, est victime de toutes sortes d’humiliation. « J’ai été abandonnée par mon époux, lorsque j’ai eu mon 5e mort-né. Ma belle-famille a contribué au divorce. Au sein de ma famille, beaucoup de personnes ne me supportent pas. Je vivais seule depuis plusieurs années. Je ne pouvais rien faire. Ma vie n’avait pas de sens », confesse-t-elle, sur un ton saccadé. 

Souffrance dans le silence 

Ses pommettes saillantes trahissent les souffrances qui l’ont rongée durant une décennie. Elle errait de village en village, à la recherche de guérisseurs et de région en région, de ville en ville, à la recherche d’un médecin. Elle a fini par se fixer chez son grand-père, à Tambacounda. « Je n’avais pas de moyens pour me faire opérer. J’ai attendu, durant deux ans, ici à Tambacounda, pour subir cette opération. Je commence à garder espoir », a laissé entendre Fatoumata Binta Diallo. Entretemps, son ex-époux s’est remarié. Elle compte regagner son ancien foyer, après sa guérison, si son ex-époux lui ouvre les portes. 

Les maris manifestent une grande ingratitude à l’égard de leurs épouses fistuleuses. Sur les 12 fistuleuses opérées au mois de juillet 2008 au Centre hospitalier régional de Tambacounda, 3 sont répudiées par leur époux et plus de la moitié des femmes malades vivent avec une coépouse. « Les maris sont en partie responsables de la maladie de leur épouse. Mais, peu d’entre eux soutiennent leurs épouses. Ils les abandonnent. C’est très dur », confie le docteur Issa Labou, urologue à l’Hôpital Général de Grand Yoff. 

Après Tambacounda, la caravane fait cap vers la région de Kolda. Ici, 39 femmes ont pu être opérées avec succès au cours de ces dernières années. Les chirurgiens ont opéré 4 femmes lors des deux jours. Elles sont nombreuses à préférer souffrir dans le silence. La peur de la stigmatisation n’incite pas certaines à se rendre dans les centres hospitaliers. « Les fistuleuses sont très nombreuses à Kolda. Elles sont victimes de toutes sortes de stigmatisation », témoigne le directeur de l’hôpital régional de Kolda. 

Dans la salle de récupération du Centre hospitalier de Sédhiou, 4 femmes sont allongées. Elles sont à leur 1er jour postopératoire. Elles ont l’air fatigué. Fanseiny Massaly semble physiquement moins fatiguée. A Sina où elle est mariée, elle ne prend pas part à tout ce que la communauté entreprend. Elle est en marge du processus de prise de décision. Elle a perdu 3 enfants lors de ses accouchements suscitant toutes les suspicions. « Je n’ai personne autour de moi. J’ai perdu 3 enfants », confesse Fanseyni Mansally, la voie chargée de douloureux souvenirs. La lutte contre la procréation précoce aidera à circonscrire le nombre important de fistules qui gagne les régions du centre, selon une récente étude. On estime à 400 nouveaux cas, le nombre de fistules vésico-vaginales enregistré au Sénégal, chaque année. Au Nigeria, on dénombre 10.000 à 30.000 nouveaux cas par an. 


Un reportage de Idrissa SANE 
Source Le Soleil

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