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Le littoral sénégalais se situe entre la vague démographique et la vague physique. Au point que ce qui constitue une opportunité risque de devenir une menace si l’on ne prend pas des mesures préventives

De par l’importance de son linéaire côtier, et des activités économiques qui s’y sont développées depuis plusieurs décennies, sa culture marine, le Sénégal est un pays où la mer et le littoral occupent véritablement une place fondamentale.

 

Interface entre terre et mer, le littoral de Dakar, qui s’étend sur plusieurs kilomètres, concentre un environnement riche et d’importantes ressources. Aujourd’hui les occupations sauvages et irrégulières qui jalonnent ce linéaire côtier empêchent aux populations quasiment toute possibilité d’accéder à une portion de plage. Le littoral est le support de nombreux usages liés à la proximité de la mer et un lieu de vie et de villégiature très prisé. Il est aussi un espace restreint où le foncier subit une prédation outrancière de la part de spéculateurs sans foi ni loi.

 

 

Le littoral dakarois est devenu aussi un lieu dédié aux activités économiques de quelques Libanais, Koweitiens et nationaux. Une poignée de privilégiés. Cette attirance du littoral, tant auprès des hommes que des activités génératrices de revenus, en fait un secteur en perpétuel dynamisme.

Mais aujourd’hui, on constate que les populations qui, il y a quelques années, pouvaient jouir de la brise et de la douceur marines perdent de plus en plus ce droit naturel au profit d’une élite favorisée qui s’est appropriée injustement le littoral de Dakar.

Levier de développement humain

Le littoral constitue un formidable levier de développement humain, économique et social, encore peu exploité au regard des ressources disponibles. Et l’Etat, de par sa complicité, sa complaisance et son inertie laisse entre les mains de quelques nationaux et étrangers des milliards qui auraient pu concourir à combattre le chômage des jeunes. Le régime socialiste tout comme le régime libéral ont octroyé des terrains sur le domaine maritime national à une caste d’administrateurs, d’affairistes et de religieux, sur des bases totalement illégales faisant perdre des milliards à l’Etat, lequel pouvait y lancer des projets d’aménagement rentable et créateur d’emplois.

Au Maroc, le Roi Mohamed VI, conscient de l’importance du littoral de Rabat, qui s’étend sur 11 kilomètres, s’est engagé avec le groupe émirati Emaar, depuis 2008, dans le projet «Saphira» pour aménager et rentabiliser financièrement ce qui constitue une mine d’argent qui, à terme, générera annuellement des millions d’euros et 7000 emplois directs. Même si le projet d’aménagement de la corniche de Rabat a connu un ralentissement depuis 2009, il se veut une plaque tournante des loisirs et du tourisme de la capitale marocaine. Il en est de même pour le projet de la vallée Bouregreg construit sur une superficie de 6000 ha. Segmenté en six séquences, ledit projet qui crée des milliers d’emplois prévoit l’implantation d’un port de plaisance, d’un centre technologique, des zones commerciales et résidentielles, d’une cité des arts et des métiers, d’hôtels et de centres de conférences internationales, d’une île artificielle et d’un transport moderne y incluant un tramway dont la mise en service est déjà effective.

Le domaine maritime  de Dakar est un paysage et un milieu naturel qu’il conviendrait aussi de sanctuariser et de protéger à tout prix de l’érosion côtière. En effet, selon une étude du ministère de l’Environnement et des Etablissements classés, réalisée en avril 2008 et dénommée «Formulation d’un programme national intégré de lutte contre l’érosion côtière», sous la direction du Professeur Papa Goumbo Lô, directeur général du Centre expérimental de recherches et d’études pour l’équipement (Cereeq), «les effets induits des gaz à effet de serre, notamment le réchauffement climatique pourraient conduire à une élévation accélérée du niveau marin dans une fourchette comprise entre 2 à 5 fois du niveau actuel. Des simulations géo-climatiques indiquent que, dans ces conditions, le Sénégal perdrait entre 55 et 86 km2 de plage cependant que l’aggravation de l’érosion côtière qui s’ensuivrait sur 6 000 km2 de zones basses estuariennes, aboutirait à des inondations dévastatrices qui concerneraient environ 150 000 habitants. La valeur des pertes ainsi subies par le Sénégal pourrait se situer entre 500 à 700 milliards de dollars US».

A chaque régime, sa part du gâteau

Aujourd’hui la Plateforme pour l’environnement et la réappropriation du littoral (Perl) que  dirige  l’expert-comptable Moctar Bâ s’est résolument engagé dans un combat de dénonciation systématique de cette appropriation indue du littoral par une caste de privilégiés composés de politiciens, d’affairistes, de marabouts véreux, voire de journalistes corrompus. Il suffit de faire une randonnée sur le linéaire côtière de Dakar pour se rendre compte du bradage et du partage du foncier du littoral de la capitale. Chaque régime s’est octroyé sa part du gâteau foncier.

Les pontes du régime d’Abdou Diouf ont été les premiers à se servir. Mais les constructions les plus scandaleuses sont celles d’une ex-ministre de la Santé dont la maison somptueuse offre une vue féérique sur l’île de Ngor. Il faut se dire que sur la plage en face de laquelle se trouve ladite construction est complètement fermée au public à cause d’autres habitations en face de la mer. On se privera de citer les constructions alignées de cet ancien chef d’un parti communiste historique, de ce fils d’un défunt khalife général de confrérie, de ce bijoutier homme d’affaires et d’un fils du président Abdou Diouf.

A Mermoz, se trouve une autre construction scandaleuse appartenant à cet ex-président de l’Assemblée nationale sous le régime socialiste. Son château à quelques encablures de la mer offre une vue exquise au Radisson Blu dont le propriétaire continue les travaux d’extension. Pour accéder au littoral de Mermoz, il faut faire plusieurs slaloms pour trouver une portion de plage et accéder à la mer.

Aux Almadies, une autre fille du président Abdou Diouf est en train de construire à quelques mètres de la plage un réceptif au mépris des défenseurs du littoral. Et à la pointe de l’Anse Bernard, trône majestueusement la maison d’un autre fils du même président. Pourtant on entend très souvent les gens parler de la progéniture de Diouf comme si elle n’était pas mêlée à des problèmes fonciers alors que quatre de ses fils et filles y ont construit, grâce à la posture de leur père président. Aujourd’hui l’une d’elle a vendu sa maison luxueuse que après les Sénégalais ont fait tout un bastringue sur cette appropriation foncière indue.

Le régime d’Abdoulaye Wade est pire en matière de prédation du foncier littoral. Le bâtiment de Pape Diop est construit sauvagement sous le phare des Mamelles en grande partie sur la plage «Tefes Gui». Mais s’il y a quelqu’un qui a bénéficié du pouvoir libéral, c’est le propriétaire de Radisson Blu qui dispose d’un bâtiment de dernière génération à Anse Bernard en plus de ses appartements en verre sur la corniche ouest. En allant vers Anse, il y a les appartements des immeubles d’Eden Roc Résidence en bordure de mer et dont le luxe insolent profus reflète sur la couleur bleutée de l’océan. Rappelons que Eden Roc appartient à Bibo et Karim Bourgi et supposément à Karim Wade (qui l’a réfuté à la CREI) et que les appartements sont vendus en fonction des étages et de leur position à 350 000 000 francs CFA, 550 000 000 francs CFA et 690 000 000 francs CFA.  

Je-m’en-foutisme

Et pendant que les citoyens se mobilisent dans des associations de défense du littoral pour donner un coup de frein à ce bradage foncier, les constructions illégales, ne respectant aucune norme environnementale, continuent de plus belle. Les groupes Kharafi, Sallahm disposent toujours de leurs patrimoines fonciers près de la colline du Phare des Mamelles. La styliste Collé Ardo Sow, qui a reçu une sommation d’arrêter ses travaux de construction sur la corniche, continue de braver l’autorité étatique arguant que l’arrêté d’interdiction de construire ne la concerne pas seule. L’ONG saoudienne Wami continue avec morgue de dépecer douloureusement le flanc est des Mamelles. Au même moment les familles Rahal et Saleh, propriétaires des respectifs de Terrou-Bi et de Magic Land, continuent, au mépris des populations de Dakar, d’agrandir leurs biens littoraux. C’est pourquoi ce combat de Perl, qui risque d’être de longue haleine, ne prendra fin que quand il y aura restitution de ce patrimoine qui appartient à tous les Sénégalais. Et ce n’est pas demain la veille quand on sait que le pouvoir Politique complice et complaisant n’est pas très enclin à user de son autorité pour contraindre certains propriétaires à arrêter leurs constructions illégales sur le littoral.

Penser autrement le littoral

Par conséquent, le temps est venu de penser autrement le littoral. Toutes ces problématiques sont aujourd’hui simultanément posées. En cela, le littoral constitue un défi énorme. Il urge que l’ensemble de la population dakaroise en prenne conscience. Il est vrai que, depuis le début des années 2000, différentes associations de défense du littoral s’activent, s’échinent et interpellent les autorités étatiques qui accordent illégalement des baux et des quitus d’autorisation de construire aux prédateurs et courtiers fonciers. Aujourd’hui le littoral sénégalais se situe entre deux vagues menaçantes : la vague démographique qui favorise l’agrégation irrégulière des populations au bord du littoral et la vague physique relative à l’avancée et l’élévation du niveau de la mer. Aussi ce qui constitue naturellement une opportunité pour notre pays risque de devenir une menace si l’on ne prend pas des mesures préventives contre tout phénomène de dégradation écologique.

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source : SALIOU GUEYE

url ref : http://www.seneplus.com/article/le-festin-des-predateurs

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