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(Dossier) Affaire Sunéor : Comment un fleuron de l'industrie sénégalaise a été mis à genou?

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Samuel Ndour, Secrétaire Général du Syndicat national des travailleurs des industries du corps gras affilié à la Cnts/fC, ne dort plus du sommeil du juste depuis la privatisation ratée de la SUNEOR. À peine soulagé de la séparation à l’amiable entre l’ex-repreneur Abbas Jaber et l’Etat du Sénégal, le 27 octobre dernier, M. Ndour doit faire face à l’arrêt supposé provisoire de l’usine SUNEOR de Dakar, pour défaut de matière première dû au manque de moyens financiers. En effet, depuis le 16 décembre 2015, 50 chefs de famille venant de Dakar ont été redéployés dans les autres établissements industriels de la SUNEOR à l’intérieur du pays. L’unité de Ziguinchor, elle, a accueilli 22 agents, Lindiane de Kaolack 15, Diourbel 7 et Louga 6. « Ces unités sont en sous-effectif et Dakar où il y a 120 permanents est sans activité, détaille M. Ndour. C’est pourquoi la direction a jugé nécessaire de les affecter temporairement vers les autres usines pour les occuper ». En réalité, l’EID de Dakar est sans activité depuis près d’un an. Les ingénieurs, ouvriers et autres personnels techniques se tournent les pouces à longueur de journée. Les huiles brutes à raffiner et à conditionner et tous les produits qui vont avec comme le chlore ne sont pas disponibles. Les fournisseurs d’emballages d’étiquette, de pièce de rechange, mais aussi les autres prestataires de services gardent par-devers eux des factures impayées de longue date, « faute de moyens financiers nous manquons de tout. Ce qui constitue un blocage total des activités de l’usine » se désole Samuel Ndour.

 

 

Une campagne de commercialisation hypothéquée

À la date du 5 janvier, les usines de la SUNEOR n’ont pu collecter que 5599,337 tonnes de graines d’arachides pour un besoin estimé à 300 000 tonnes. Selon Samuel Ndour, le schéma arrêté avec le ministère de l’Économie et des Finances pour le financement de la campagne n’a pas été respecté. « Dès le mois de décembre, il était prévu de recevoir un crédit-relai de 15 milliards de F CFA provenant de la Banque Islamique du Sénégal (BIS) pour collecter 65 000 tonnes. Nous sommes toujours en attente de cette première tranche alors que le financement total de la campagne est de 90 milliards », informe le syndicaliste. Malgré les engagements fermes du ministère des Finances, l’argent peine encore à sortir des caisses du Trésor public.

Comment en est-on arrivé à cette situation?

C’est le 24 décembre 2004 qu’Abbas Jaber patron du groupe Advens a remporté l’offre de privatisation de la SONACOS devant Guerté Sénégal de Kibili Touré et Lessieur Maroc qui étaient les entreprises présélectionnées. Le Sénégalo-Libanais aurait bénéficié de l’offre technique de la part de cadre sénégalais de la boite pour faire la différence. L’État avait valorisé l’outil industriel à 8 milliards et le consortium de Jaber avait 66,9 %, ce qui représentait une enveloppe de 5,352 milliards. Dans son rapport 2015, l’IGE estime que ce montant est bien inférieur, non seulement à l’estimation basse de la fourchette comprise entre vingt et un milliard (1 000 000 000) de francs CFA et vingt-quatre milliards (24 000 000 000) de francs CFA, retenus par le Consortium BNP Paribas, mais encore, aux fonds propres de la SONACOS, d’un montant de vingt-cinq milliards neuf cent soixante-sept millions (25 967 000 000) de francs CFA, tels qu’ils ressortent du bilan au 31 décembre 2004. « Par conséquent, il apparaît clairement que la SONACOS n’a pas été cédée à son juste prix », conclut le document.

Comme actionnaire majoritaire, le nouveau maître des lieux décide de réorienter les activités de ce fleuron de l’économie sénégalaise. À travers des conventions, il devient le fournisseur et l’acheteur. « Quand nous avions besoin de quelque chose, c’était lui (Abbas Jaber) le fournisseur et il était l’acheteur quand il fallait vendre. Il importait l’huile brute de soja et de palme et le revendait à un prix très fort sans marge et après avoir trituré nos graines, c’est lui qui achetait à bas prix l’huile brute d’arachide. Il était en amont et en aval de la société », explique M. Ndour qui dit avoir averti les autorités depuis 2009 sans avoir une oreille attentive. M. Jaber avait également signé une autre convention sur les 16 hectares de l’usine de Bel-Air que Samuel et ses camarades ignoraient. Un accord qui lui permettait de disposer de plein droit des 16 hectares de terres de ce domaine industriel et de pouvoir les vendre au bout de 7 ans en versant un pourcentage à l’État. « C’est bien après qu’on a eu l’information, car au moment de la privatisation, le foncier ne faisait pas partie », confesse M. Ndour.

Les conséquences de ces pratiques de « fournisseur-acheteur » n’ont pas tardé à se manifester. En 10 ans, le chiffre d’affaires de la société est passé de 100 milliards à 20 milliards de F CFA. La suite on la connait. Aujourd’hui, M. Jaber veut négocier son retrait à prix d’or. Dans sa livraison du 9 novembre 2015, le quotidien Enquête informe que le natif de Thiès voudrait 40 milliards alors que l’État a prévu un plafond de 10 milliards de F CFA pour son dédommagement. Nos tentatives de vérifier le montant de la transaction sont restées vaines. « Nous avons surtout le droit de savoir ce que recouvre l’accord “à l’amiable” entre les autorités nationales et M. Jaber », disait Mody Niang dans une contribution datée du 29 octobre 2015. Il devra prendre son mal en patience.

 

Auteur: Hamad Ndiaye - Seneweb.com

source:http://www.seneweb.com/news/Economie/dossier-affaire-suneor-nbsp-comment-un-f_n_171602.html

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